Cabinet de Gestalt Thérapie

Adultes - Jeunes Adultes - Couples

Olivier Cordier

« Je ne suis pas responsable de ce que l’on a fait de moi, mais je suis responsable de ce que je fais de ce que l’on a fait de moi »
Jean-Paul SARTRE

Thérapie de couple : communication, sexualité et sécurité affective

par Olivier Cordier | 2/03/2026

Ces trois dimensions sont souvent au cœur de ce qui se joue lorsqu’un couple décide d’entamer une thérapie.On se dispute sans vraiment savoir pourquoi. On se tait pour éviter d’aggraver les choses. On se désire moins… ou différemment. On s’inquiète de perdre l’autre, ou de se perdre soi-même dans la relation.Derrière ces difficultés apparentes se cachent souvent des dynamiques plus profondes : la manière dont nous communiquons, la façon dont nos corps se rencontrent, et le besoin de sécurité qui nous habite.Cet article propose d’explorer ces trois dimensions. Non pas pour désigner un responsable, mais pour comprendre ce qui se joue entre deux personnes qui cherchent, chacune à leur manière, à aimer et à être aimées.

1- Communication :

La communication est au cœur du lien. Pourtant, dans le couple, ce n’est pas toujours ce qui est dit qui pose problème… mais ce qui est compris.Nous communiquons par les mots, bien sûr, mais aussi par le ton, le regard, la posture, les silences. Le message ne se limite jamais à son contenu : il dit aussi quelque chose de la relation. Très souvent, le malentendu naît de l’interprétation. Nous pensons comprendre l’intention de l’autre sans la vérifier. Nous donnons un sens à ses paroles à partir de notre propre histoire, de nos croyances, de nos expériences passées. Ce que j’entends parle autant de moi que de toi.Dans le couple, ce mécanisme est amplifié par la projection.Projeter, c’est attribuer à l’autre ce qui m’appartient. Une attente que je n’exprime pas. Une frustration que je n’assume pas. Une inquiétude que je ne reconnais pas. Au lieu de dire : « Je me sens blessé », je peux accuser : « Tu es froid ». Au lieu de nommer un besoin, je critique un comportement.Prenons un exemple fréquent :« Tu ne me dis jamais que tu m’aimes. » - « Je ne te le dis pas, mais je te le montre. »L’un privilégie les mots, l’autre les actes. Aucun n’a tort. Mais si chacun reste attaché à sa manière de faire sans vérifier ce dont l’autre a réellement besoin, l’incompréhension s’installe. L’un se sent ignoré, l’autre se sent injustement critiqué. Ce n’est plus une question d’amour, mais de langage.À cela s’ajoutent les non-dits. Parfois, nous supposons que l’autre devrait comprendre sans que nous ayons à expliquer. Nous pensons que nos gestes parlent d’eux-mêmes. Ou nous évitons certains sujets pour ne pas créer de tension. Ce silence, pourtant, produit souvent l’effet inverse.Peu à peu, l’échange peut s’enfermer dans une escalade : l’un reproche, l’autre se défend. L’un insiste, l’autre se ferme. Chacun réagit à la réaction de l’autre. La discussion ne porte plus sur le sujet initial, mais sur la manière dont on se parle.En thérapie de couple, le travail consiste à ralentir ces mouvements. Vérifier plutôt que supposer. Distinguer les faits des interprétations. Remettre chacun en contact avec ce qu’il ressent et ce qu’il souhaite réellement exprimer.L’objectif n’est pas d’avoir raison, mais de rétablir la possibilité d’un dialogue clair et ajusté.

2- Sexualité

La sexualité n’est pas seulement une question de performance ou de technique. Elle dit quelque chose du lien.Dans certains couples, elle est fluide et source de plaisir partagé.Dans d’autres, elle devient un sujet de tension, de silence ou d’évitement. Ce n’est pas forcément l’absence de sexualité qui pose problème, mais le décalage entre les partenaires.Il peut y avoir un décalage d’intimité.L’un a besoin de proximité émotionnelle avant de se sentir disponible corporellement. L’autre entre plus facilement dans la relation par le corps. Si ces rythmes ne sont pas compris, chacun peut se sentir rejeté ou envahi.Il peut y avoir un décalage de désir.Le désir n’est pas stable. Il évolue avec le temps, le stress, l’histoire personnelle et la qualité de la relation. Lorsque l’un a plus envie que l’autre, cela peut générer frustration, pression ou culpabilité. Le risque est alors d’interpréter cette différence comme un manque d’amour.Il peut enfin y avoir un décalage de pratiques.La sexualité touche à des préférences, des limites, des représentations parfois très personnelles. Ce qui est naturel pour l’un peut être inconfortable pour l’autre. Sans dialogue, ces différences peuvent s’enkyster dans le non-dit.La sexualité est également traversée par de nombreuses croyances limitantes. « Il faut avoir envie souvent. »« Il faut atteindre l’orgasme. »« Un homme doit être performant. »« Une femme doit être disponible. »Ces idées, héritées de l’éducation, de la culture ou d’expériences passées, peuvent s’imposer sans que nous les questionnions. La sexualité devient alors un espace de performance plutôt qu’un espace de rencontre. Certaines femmes, et aussi des hommes, peuvent simuler pour répondre à une attente supposée. D’autres se sentent en échec face à une norme imaginaire.Il n’existe pas une sexualité masculine et une sexualité féminine. Il y a deux personnes, avec leur histoire, leur sensibilité, leurs rythmes, qui cherchent à se rencontrer. Lorsque l’on quitte les « il faut » pour revenir à l’expérience réelle de chacun, la sexualité peut redevenir un lieu d’échange plutôt qu’un terrain de comparaison ou de pression.La sexualité peut également devenir un sujet tabou. On la vit, mais on en parle peu. La honte ou la gêne peuvent s’installer. Peu à peu, le silence remplace l’échange, et la distance corporelle peut refléter une distance relationnelle plus large.En thérapie de couple, il ne s’agit ni de normaliser ni de juger, mais d’explorer avec curiosité. Quelle est votre représentation de la sexualité ?Qu’avez-vous appris, intégré, parfois sans le questionner ?Quelles sont vos attentes, vos limites, vos zones de gêne ?Nous identifions les croyances qui influencent la relation, les pratiques partagées ou non partagées, et la manière dont chacun se sent dans l’échange. La question du consentement et du respect des limites est centrale. Pouvoir dire oui, pouvoir dire non, pouvoir dire « je ne sais pas » est déjà un travail thérapeutique.Il arrive que la sexualité devienne un espace chargé de tension ou de silence. Le travail consiste alors à ralentir, à redonner une place à la parole et à l’expérience vécue. Parfois, dire ce qui jusque-là n’avait pas pu être exprimé suffit à restaurer le lien.La question n’est pas : « Est-ce que notre sexualité est normale ? »Mais plutôt : « Est-ce qu’elle nous correspond, à tous les deux ? »

3- Sécurité affective

Souvent, l’origine d’un conflit ne se situe pas dans le sujet apparent — un retard, un message, un oubli — mais dans quelque chose de plus profond : l’insécurité affective.La peur d’être abandonné, rejeté ou remplacé peut entraîner une grande vigilance. La jalousie, la méfiance ou le besoin de contrôle sont parfois des tentatives de protection plus que des attaques.Pour éclairer cela, je vous propose un détour par les travaux de Michael Balint, psychiatre et psychanalyste, qui a, entre autres, décrit différentes manières de chercher la sécurité face à l’angoisse dans la relation.Il expose deux grandes manières de chercher la sécurité dans la relation. Deux tendances dans lesquelles vous allez peut-être vous reconnaître… ou reconnaître votre partenaire.Prenons une scène simple.Il est 19h30. Un message est envoyé : « Tu rentres quand ? »Pas de réponse. 20h10. Le téléphone est consulté. Encore. Une petite boule se forme dans le ventre. « Il pourrait au moins prévenir. »20h25. La porte s’ouvre enfin. Les affaires sont posées. Et là, ça part.« Ça t’aurait coûté quoi de répondre ? »« J’étais en réunion, je ne vais pas rendre des comptes toutes les dix minutes ! »Balint appelait ces deux mouvements l’ocnophile et le philobate.L’ocnophile cherche la sécurité dans le lien. Quand le contact diminue, l’angoisse monte. Le silence est interprété comme un risque. Il a besoin de signes, de preuves, de proximité.Le philobate, lui, cherche la sécurité dans l’espace. Quand la pression relationnelle augmente, il se sent envahi. Il a besoin d’autonomie pour rester tranquille dans la relation. La demande peut être vécue comme une intrusion.Le piège est circulaire : Plus l’un réclame → plus l’autre se ferme. Plus l’autre se ferme → plus l’inquiétude augmente.Et chacun est persuadé d’avoir raison.Beaucoup reconnaissent ici ce mouvement paradoxal : « Suis-moi, je te fuis. Fuis-moi, je te suis. »Alors… êtes-vous plutôt ocnophile ? Philobate ? Un peu des deux selon les moments ?En thérapie de couple, nous découvrons souvent que derrière le reproche se cache la même question, chez l’un comme chez l’autre :« Est-ce que je compte pour toi ? »« Est-ce que je peux être moi sans te perdre ? »La sécurité affective se construit lorsque chacun commence à comprendre ce que l’autre tente de protéger : le lien… ou la liberté.Ces tendances prennent racine tôt dans l’histoire de chacun. Selon ce que nous avons vécu, la peur de l’abandon ou la peur de l’intrusion peut être plus ou moins sensible.Le travail thérapeutique consiste alors à nommer ces peurs, à les différencier du comportement de l’autre et à créer un espace où elles peuvent être entendues sans accusation.Parfois, reconnaître simplement : « Quand tu ne réponds pas, j’ai peur de ne pas compter » Ou « Quand je sens de la pression, j’ai peur de disparaître » suffit à transformer la dynamique.Ces dynamiques sont fréquentes dans la vie d’un couple. Elles témoignent souvent d’un lien qui cherche un nouvel équilibre.Les difficultés du couple ne sont pas nécessairement le signe d’un échec. Elles révèlent souvent des ajustements à faire, des malentendus à clarifier, des peurs à reconnaître.Communiquer autrement.Parler de sexualité sans honte.Comprendre les besoins de sécurité qui se cachent derrière les reproches.Aimer, ce n’est pas être d’accord sur tout. C’est apprendre à se rencontrer dans nos différences.Lorsque le dialogue redevient possible, lorsque les peurs peuvent être nommées sans accusation, le lien peut se transformer. Non pas en revenant à ce qu’il était, mais en devenant plus conscient, plus ajusté, plus vivant.Et parfois, il suffit d’un espace thérapeutique pour commencer ce mouvement.